Scénario

COSCÉNARISTE
MARCEL BEAULIEU

Marcel Beaulieu est un scénariste de premier plan, lauréat entre autres prix d’un “Golden Globe” et d’une nomination aux Oscars (Meilleur film étranger pour Farinelli de G.Corbiaud en 1995).

Né en 1952, ce canadien a entamé sa carrière à la radio et au théâtre avant de s’investir dans l’écriture scénaristique. Loin du cliché du “créateur solitaire”, il privilégie au contraire la co-écriture et la collaboration étroite avec le réalisateur, assumant la pleinement la finalité de l’écriture scénaristique qui est de servir un film.

Ce goût du travail d’équipe et un grand sens de la communication font de Marcel Beaulieu un consultant et un formateur recherché qui anime des ateliers à travers le monde, comme il le fit à Alger en 2009 à la demande de l’ARPA (Association des Réalisateurs et Producteurs Algériens) et du ministère de la culture.

“ L’Algérie, je connaissais déjà pour y avoir animé un atelier sur le scénario ! J’y suis revenu avec plaisir et pour une incursion plus profonde cette fois-ci, puisque Belkacem m’invitait à travailler avec lui sur un script, un scénario historique en plus ! Il me fallut donc “ plonger ” dans le passé de ce pays et de la Kabylie en particulier, sa culture, sa sociologie, son décorum naturel… J’ai pour cela séjourné près de trois semaines dans une auberge de montagne (Beni Yenni). Ce fut très enrichissant, comme le furent aussi les nombreuses séances d’écriture à Alger avec Belkacem dont on connait l’attachement au travail collectif. “Azul” à tous mes amis algériens ! Je reviendrai… ”
Marcel.

Filmographie sélective :

La peur de l’eau - G. Pelletier (Canada, 2010)
L’enfance d’Icare - A. Ledachescu. (Suisse-France-Roumanie, 2010)
Coeur animal - S. Cornamusaz. (Suisse-France, 2009)
Mémoires affectives - F. Leclerc (Belgique, 2005,
Bayard d’or du meilleur scénario au Festival de Namur.
Le silence de la foret - D. Ouénangaré et Bassek Ba Kobhio
(France-Cameroun-Centrafrique-Gabon).
Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2004.
Le vieux qui lisait des romans d’amour - Rolph de Heer
(Coproduction européenne)
Rémy Bernard - Mikhaël Levy.
Raymond Kibaski - documentaire d’Anne-Marie Tougas.Prix Téléfilm
Canada pour la meilleure oeuvre canadienne.
Prix spécial du jury au Festival du Nouveau cinéma de Montréal (*).
Un crabe dans la tête - André Turpin. En 2002, ce long métrage a remporté les Jutra du meilleur scénario et du meilleur film, ainsi que les Génie du meilleur scénario et du meilleur film.
Le ciel sur la tête - Geneviève Lefebvre et André Melançon (France, 2002)
Une jeune fille à la fenêtre - Francis Leclerc.
Ismaël - Court-métrage de Rudy Barichello.
En 2001, prix du meilleur court métrage européen et une mention spéciale du jury au festival de Venise.
Alegria - Franco Dragone, une coproduction Canada-Allemagne-USA
Marquise - Véra Belmont, France.
Pondychéry - dernier comptoir des Indes, Bernard Favre. France
Farinelli - Gérard Corbiau, en coproduction France-Italie-Belgique, 1995. Nomination aux Oscars. Golden Globe du meilleur film étranger.
Le secret de Jérôme - Phil Comeau. 16 prix dont trois au Festival de Namur, un prix au Festival international de Sarlat (France), et un prix au Cine-Quest à San José (Californie).
Annetrister - Léa Pool, Canada-Suisse, 1986.
Prix du Jury du Berliner Morgenpost au Festival international du film de Berlin.


DIALOGUES AMAZIGH
MOHAMED BENHAMADOUCHE
Ben, ciseleur d’Awal...

L’écriture des dialogues était un défi artistique majeur du film. Deux impératifs : éviter l’anachronisme et s’adapter au contexte historique (19ème siècle) tout en restant accessible au large public d’aujourd’hui ; refléter la magnificence du verbe de la tradition orale qui a précisément, pérennisé l’épopée de Fadhma N’soumer. C’est tout l’apport du poète M. Benmohamadouche (connu sous le nom artistique de Benmohamed) à la “réécriture“ des dialogues en langue kabyle. Il s’agit en effet bien plus que d’une simple traduction mécanique de dialogues fonctionnels. Il fallait leur donner un terroir et une âme.

Le terroir et l’âme kabyles, Benmohamed les connait bien. Il les aime. Il les vit. Il en vit. Depuis sa plus tendre enfance. Toujours fidèle au serment qu’il fit dans un poème de jeunesse (traduit par M. Mameri) de s’ouvrir aux espaces, aux aventures et aux hasards de la vie, mais sans “jamais oublier ma génitrice, ni le chant qui m’a bercé “ :

Ur tettuy tin iid-d yurwen D ucewwiq’ii yezzuznen u monde Le verbe et l’harmonie ont pétri son âme d’enfant, même dans le brasier de la guerre de libération nationale. Il y eut les chants de sa mère, qui lui inspira l’un de ses plus fervents poèmes (Yema), texte phare de la poésie kabyle contemporaine. Plus anecdotique : le privilège qu’il eut, enfant, d’assister à un récital dans un café du village ; c’était en 1952 et le chanteur était Slimane Azem. Chanson encore, à Alger cette fois-ci, chez un disquaire du quartier “ indigène ” près du monumental théâtre européen.

Il y rencontra Cheikh Nouredine qui lui proposa “de tenter sa chance à la radio“. Cela ne se fit pas.

Et Mohamed restera dans le sillage de son père, petit commerçant : il sera comptable. Mais l’austérité des chiffres ne vint pas à bout de son penchant vers le Verbe et le chant. Il fit le saut en 1966 en se présentant au “ radio-crochet ” de la station kabyle de l’époque (animé par le déjà maitre Chérif Khedam). Echec. Il ne sera pas chanteur. Le voilà même sobre fonctionnaire à la préfecture !

En apparence. Intérieurement, toujours la passion de la chose culturelle et du patrimoine. Il débute à la radio kabyle dans l’émission de Saïd Hilmi : “ Plumes à l’épreuve “ en 67/68) avant d’animer sa propre émission (“ Heureux matin “ en 1969). Il vit l’ébullition “underground“ de la revendication identitaire berbère des 70’S. Il suit les cours de berbère de M. Mameri à l’université d’Alger. Et puis, nouvelle rencontre avec la chanson : Idir. Benmohamed signe le texte de Vava Inouva, titre culte et mythique de la chanson kabyle en mutation vers l’universel. Cette fois, c’est la bonne !

La chanson kabyle ne voulait pas de sa voix mais de ses textes. Il le comprit. Il ne chantera pas mais fera chanter les plus grands : Idir bien sûr, Nouara, Medjahed Hamid, Djamal Alam, Matoub Lounès, Amara Sersour, Takfarinas et bien d’autres. Et depuis, ce barde kabyle trimballe sa muse sur la scène culturelle d’expression berbère…

L’incursion de son Verbe au cinéma est une bouffée d’air frais et pur.

Majesté de l’authentique.

“Lorsque Belkacem m’a sollicité pour son projet, j’étais emballé à l’idée de replonger dans notre belle langue kabyle ancienne -dont les échos ont bercé mon enfanceet de me “ frotter ” à l’art oratoire des Si Mohand Ou Mhand, Cheikh Mohand Ou Lhoucine et autres Boulifa. Mais j’étais stressé également car l’écriture des dialogues soumet la poésie aux contraintes cinématographiques.

Dans un film, l’image prime ; c’est elle qui s’exprime et qui exprime. La parole n’en est qu’un outil parmi d’autres. Les phrases longues doivent laisser place à des phrases courtes et ce qui est dit par l’image n’a pas besoin d’être redit par des mots. Il fallait donc revoir complètement le style d’écriture, découvrir une autre façon de manier ma langue sans pour autant trahir l’esprit de l’histoire mise en scène. Il s’agissait de trouver une passerelle entre la génération de Fadhma et celles auxquelles on s’adresse.

J’espère avoir réussi cet exercice de style qui, de toutes les manières, a été très enrichissant pour moi tout comme l’ensemble de cette grande aventure à laquelle j’ai eu le plaisir de participer pour la première fois.“

(Benhamadouche Mohamed dit Benmohamed, Paris 27.04.2014)

Bande annonce